Archive for the ‘Garbage collector’ Category

Chapitre VI – Absolutely Me

jeudi, avril 19th, 2012

Rappel : le principe des textes classés dans la catégorie Garbage collector veut que chaque texte soit inspiré par une chanson, l’ensemble des textes devant former un tout cohérent. Dans ma mesure du possible, la chanson est incluse en fin de texte. N’oubliez donc pas de commencer par le chapitre I au risque de ne pas tout comprendre.

Il existe plusieurs façons de sortir du sommeil. Certaines sont plus désagréables que d’autres. Pour les agréables, je laisse le soin à votre imagination de compléter le catalogue qui va de l’odeur du café chaud servi au lit à la caresse d’une bouche juste là. Voire en dessous. Un peu plus à gauche. Oui, là hmmm.

Restent les désagréables. Parmi celles-ci, et classées par ordre d’horreur croissante, on trouve successivement :

  • Le chat qui s’est mis en tête de jouer avec vos orteils. Le jeu consistant pour lui à y planter successivement griffes et dents. Lorsqu’il s’agit d’un jeune chat, c’est mieux encore, car griffes et dents sont acérées comme des aiguilles.
  • Le chien fou qui bondit sur le lit et se met à vous lécher la figure reste un classique parfois détrôné par la version « gosse avec pistolet à eau ».
  • Mention spéciale pour le gosse qui entre triomphalement dans la chambre en brandissant la bouteille de {javel|désherbant|Tabasco} dont il vient de s’enfiler une lampée, en disant « a brûle » de la petite voix de celui qui sait avoir fait une bêtise. Le temps d’ouvrir péniblement l’œil, d’apercevoir la bouteille, et on se retrouve aux urgences pédiatriques avant d’avoir compris dans quel sens enfiler son futal.
  • La plus désagréable reste sans conteste le seau d’eau. Dans la version classique, il s’agit d’eau froide, mais certains pervers utilisent de l’eau brûlante ou tout autre liquide préalablement porté à une température variant entre horriblement douloureux et brûlure au troisième degré.
  • Et, enfin, vous avez les bénis des Dieux, les bienheureux qui ont la chance d’en cumuler plusieurs à la fois.

Il y a toujours eu une catégorie spéciale pour ceux-là.

Pas les demi-dieux ou héros antiques poursuivis par le destin, les Achille, les Œudipe, les Antigone. Ceux-là, on les plaint, on disserte sur leur vie, on en fait des thèses ou des pièces de théâtre. Au fond, on les envie un peu, même s’ils en on chié méchant. Mais on n’en rit pas. 

Non, je parle de la catégorie de ceux qui se prennent toutes les petites merdes du quotidien dans la tronche. Ceux pour qui le réveil ne sonne pas le matin d’un entretien d’embauche parce qu’il y a eu une micro coupure de courant de quelques millisecondes qui a remis le réveil à zéro. ; ceux qui vont croiser la route d’un vol de pigeons diarrhéiques en allant au premier rendez-vous avec la femme de leur vie ; ceux qui vont immanquablement poser le pied sur l’unique oursin dont la présence n’était plus attestée sur ce littoral depuis la grande invasion des profanateurs de plage de 1936.

Vous voyez, ceux-là.

Ceux qui savent que, quel que soit le jour de la semaine, du dimanche au samedi,  il existe quelque part dans l’univers une merde qui attend qu’ils passent pour leur tomber sur le coin de la gueule.

Eh bien c’est moi ! C’est tout moi. C’est absolument moi.

PUTAIN DE MERDE !

J’ai poussé un hurlement, je ne sais plus bien lequel. Le second réflexe a été de sauter hors du lit pour échapper à la brûlure. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de vous lever en sursaut avec un chien de 25 kilos affalé sur votre poitrine en train de vous lécher la frite après avoir renversé le bol de café brûlant, mais le poids du chien contrarie assez le mouvement. Surtout si en même temps le greffier, surpris par une activité soudaine alors qu’il s’amusait tranquillement en profite pour vous allonger un grand coup de griffe sur les arpions. Pas qu’il n’ait rien contre vos pieds, mais bon, y zavaient qu’à ne pas se trouver là au moment où sky fallait pas.

Putain de bordel de merde c’est quoi ce souk. Troll, dégage.

J’ai réussi à repousser le chien et à me lever, à loilpé et sur un pied. Une mare de café finissait d’imprégner les draps. Calamity était pliée de rire.

  • Et vous trouvez ça drôle vous.
  • Ben oui pourquoi ? Faut pas ? Ça m’apprendra à te porter le p’tit dej au paddock. Dites donc, cher monsieur, est-ce vraiment une tenue convenable pour recevoir une jeune fille pudique et réservée? En tout cas, ya pas à dire, tu tiens encore la forme pour ton âge, dit-elle en lorgnant d’un œil intéressé.

« Tu sais ce qu’il te dit mon âge ? » lui ai-je lancé en me dirigeant à cloche-pied vers la salle de bain.

Bon, l’avantage des salles de bains est qu’on y est relativement tranquille – à la seule condition d’être célibataire et sans enfants, et que le passage sous la douche permet généralement de résorber les tumescences intempestives. Pour le reste, il faut bien avouer que les possibilités d’y trouver de quoi s’habiller sont relativement réduites. J’ai donc drapé ma dignité, ou du moins ce qu’il m’en restait, dans la serviette et regagné la chambre. Calamity avait retiré les draps tachés et la machine à laver était déjà en route.

  • Ave Caesar, cafeturi te salutant.

J’ai grogné un truc indistinct et me suis juché sur un tabouret après avoir abrité ma pudeur sous un boxer.

  • Tiens, je t’ai refait du café. Entre maman et toi, ça fait la troisième cafetière que je prépare ce matin. Dis donc, tu t’es mis au régime ? T’avais pas un cul comme ça avant.
  • On ne t’a jamais dit que les jeunes filles n’étaient pas censées remarquer ce genre de choses ?
  • Mon œil. Vous les mecs passez votre temps à mater tout ce qui passe, alors, mes excuses monseigneur, mais je ne vais pas me gêner pour en faire autant.
  • Oui, ben pas touche, je suis ton père, alors bas les pattes et pose les yeux ailleurs. Va jouer avec ceux te ton âge.
  • J’me fais chier avec les gugusses de mon âge. Une fois qu’ils ont fini de s’exciter entre eux sur le dernier jeu vidéo à la con et de se vanter des filles qu’ils n’auront pas, il n’y a rien à en tirer. Si j’ose dire. T’aurais pas plutôt un de tes copains à me présenter, dans les 40-45 ans, un qui s’entretient, avec un p’tit cul des épaules larges et un larfeuille qui soit pas aussi plat que le l’encéphalogramme du teckel de Britney Spears ?
  • Tu ne veux pas que je joue les marieuses non plus ? T’as qu’à te démerder la Pustule, je ne suis pas là pour t’aider à assouvir ta libido dopée par un afflux d’œstrogènes pré pubère.
  • Tant pis, au moins j’aurai essayé. Des fois que t’aurais pas remarqué, tes vêtements sont sur la chaise.
  • Je suis encore capable de choisir mes fringues tout seul.
  • Gna gna gna. Allez bouge papy, on va à l’hosto.
  • Eh, j’aimerais bien qu’on me laisse choisir tout seul ce que je veux faire.
  • Non, là t’as pas le choix, tu te magnes et tu caltes, et si t’essayes de faire semblant de penser que t’as pas envie d’y aller, je te jure que je ne t’adresserai plus jamais la parole.

Marie s’était redressée, poings serrés, J’ai compris que je n’avais qu’un seul choix. Et encore, à condition de mettre les pouces tout de suite, elle ne me pardonnerait pas de tarder à capituler.

  • Eh, calmos la Pustule, je n’ai pas dit que je ne voulais pas y aller, c’est sur la forme que je proteste.
  • Oui, ben tu l’avais suffisamment tout à l’heure la forme. Alors maintenant que t’es en état de rentrer dans ton falzar, tu te sapes et on décolle.

À Part grommeler, et encore pas trop fort, je n’avais plus qu’à en passer par ses 4 volontés. Dix minutes après, elle s’installait dans la voiture, lunettes de soleil sur le pif.

  • Dis, on peut s’arrêter cinq minutes pour acheter des fleurs ?
  • Ah ben quand même, je me demandais si tu allais y penser. Tu me laisseras les choisir ?
  • Yeap, comme d’hab, tu décides, tu choisis, je paye.
  • C’est pour ça qu’on t’aime, tu ne savais pas ?
  • Je me posais la question, mais si tu le dis ça doit être vrai.
  • Connard.

Elle a prononcé le dernier mot d’une toute petite voix de petite fille et a posé la tête sur mon épaule. Il m’a fallu un moment pour réaliser qu’elle pleurait. Je me suis garé sur le côté et je l’ai serrée contre moi. Ne pleure pas petit chat, ça va aller, elle va s’en sortir, on va s’en sortir tous ensemble.

C’est quand nous sommes repartis que je me suis aperçu que j’avais pleuré aussi. Je me suis senti tout con. Ce qui m’a ramené à la normale vu que c’est la sensation que j’éprouve le plus souvent.

Largement plus souvent que de me sentir intelligent.

Ça ne vous fait pas ça à vous ?

2
Posted in Garbage collector |

Chapitre V – The trick is to keep breathing

mardi, avril 3rd, 2012

Rappel : le principe des textes classés dans la catégorie Garbage collector veut que chaque texte soit inspiré par une chanson, l’ensemble des textes devant former un tout cohérent. Dans ma mesure du possible, la chanson est incluse en fin de texte. N’oubliez donc pas de commencer par le chapitre I au risque de ne pas tout comprendre.

C’est à cette heure-là qu’on rentre ?

Troll n’a fait ni une ni deux et s’est précipité sur la Pustule histoire de lui faire la fête.

  • Et bien, au moins il y en a un qui est content de me voir.
  • Qu’est-ce que tu fais là ? T’es pas censée être couchée ?
  • Fait chaud, j’avais besoin de prendre l’air.
  • Et ta mère, elle sait que t’es là ?
  • T’as qu’à croire. Elle est dans un état qu’elle s’en fout royal de savoir ousque j’suis.
  • Elle s’est encore pris une murgée ?
  • Et une sévère.
  • Bon, je suppose qu’il faut que j’y aille ?
  • Non, laisse tomber, je l’ai dessapée. Elle est sur le canapé, à part tomber, elle ne risque rien. Et encore, j’y ai mis les coussins par terre au cazou. Et toi mon Troll, fais voir ta patte.

Bien entendu, l’autre truffe s’est empressé de se rouler sur le dos pour présenter sa patte blessée. Calamity Marie s’est penchée pour examiner le malade. Calamity c’est ma fille à moi, c’est tout ce qui me reste d’une vie d’avant. Ce n’est pas rare que je la trouve devant ma porte. Ou dedans vu qu’elle a la clef, quoiqu’elle hésite « pour pas déranger ».

  • C’est son boulot encore ?
  • Qu’elle dit. M’enfin t’admettras qu’il ne faut pas faire dans les RH si qu’on supporte pas les plans sociaux.
  • Si on ne supporte pas.
  • Ya des fois que t’es aussi chiant que maman.
  • C’est ce qui fait mon charme la Pustule.
  • M’appelle pas comme ça.
  • Je t’appelle comme je veux, je suis ton père.

C’est là qu’elle s’est jeté sur moi et à commencé à me marteler la poitrine, moitié riante, moitié furieuse.

  • Ben si tu continues, t’as intérêt à te souvenir du numéro de SOS Papas battus à cause que tu vas en avoir besoin.
  • Stop, pitié, je me rends, grâce.
  • D’accord, mais je veux le dernier Twilight.
  • Encore ! Mais ils en sortent toutes les semaines de ces bouquins ? T’en as pas marre, tu ne voudrais pas lire quelque chose d’intelligent pour une fois ?
  • Lire quoi ? D’abord pour me faire chier j’ai le collège. Ensuite, lire quoi, tes discours à la gomme pour l’autre naze ?
  • Confonds pas tout, ça ce n’est pas de la littérature, c’est juste pour bouffer. Et puis je vais arrêter.
  • Fais-moi pas rire, ça fait trop longtemps que je t’entends dire que tu vas arrêter de bosser pour ce gland.
  • On ne dit pas ce gland, on dit Monsieur le Président.
  • Et qu’est ce que tu veux que ça me foute ? C’est un gros naze.
  • Mais qui paye bien.
  • D’toutes façons t’avais dit que t’arrêterais quand il serait élu. Pis que t’arrêterais quand il serait réélu. Et maintenant ça sera pour quand ?
  • Non, ce coup-ci c’est décidé. Demain je lui donne ma démission.
  • Je parie que tu ne le feras pas.
  • Tu verras bien.
  • Et Katia, elle en dit quoi ?
  • Elle n’en dit pas grand-chose, pour plusieurs raisons. Primo elle n’est pas au courant, secundo, même si elle était au courant elle s’en ficherait pas mal vu qu’elle a décidé de partir, et tertio, même si elle ne s’en fichait pas, elle ne risquerait pas d’en penser quoi que ce soit vu qu’elle a eu un accident en voiture avec son nouveau mec et qu’elle n’a pas repris connaissance.
  • Pfiou, ben tu fais les choses en grand. Un vrai vaudeville. Sauf que je ne t’aurais pas imaginé dans le rôle du cocu.
  • Merci c’est réconfortant d’entendre ça.
  • Alors c’est pour ça que j’arrivais pas à t’avoir au téléphone ce soir ? Tout le monde a dû t’appeler.
  • Ouaip, un vrai régal.
  • Et comme tu n’aimes pas répéter plusieurs fois la même chose, tu leur as raconté une histoire différente à chaque fois. Je te connais comme si je t’avais fait.
  • C’est un peu l’inverse, bien que ta mère y soit aussi pour quelque chose, mais oui. Sauf que j’ai quand même raconté la vérité à Marianne.
  • Et tu t’es arrangé pour ne pas être cru.
  • Pile-poil.
  • T’es vraiment pas normal. Mais je t’aime.
  • Moi aussi je t’aime Pustule.
  • T’as été la voir ?
  • Non. Je ne sais pas si je dois. En théorie nous ne sommes plus ensemble depuis ce matin.
  • T’es vraiment la reine des pommes. Tu ne vois pas qu’elle n’a que toi ?
  • Dis donc, je croyais que tu n’aimais pas Katia.
  • Ça n’a rien à voir avec le fait que je l’aime ou pas. D’abord t’es toujours marié avec. Ensuite, faut bien qu’on se serre les coudes nous les femmes.
  • Vous les femmes ? Faut te calmer un peu la Pustule, c’est pas par ce que t’as deux piqûres de moustique sur le torse que ça fait de toi une femme.
  • Ah bon, et on fait comment, tu peux m’expliquer papa ? Je suis sur que tu vas m’apprendre plein de choses, alors explique-moi comment qu’on devient une femme.

Ce qui est bien avec les gosses c’est qu’on ne sait jamais quand on va se faire avoir. Reste la certitude qu’à un moment ou à un autre, on va se faire avoir. C’est rassurant de savoir qu’il y a des invariables dans la vie.

  • Hein, explique-moi papa. Ou si tu ne sais pas, je peux peut-être t’expliquer moi.
  • Ça va, ne la ramène pas, tu veux. Allez, caltez volaille, tu devrais déjà être au lit, il y a école demain.
  • Oui père, bien père, je suis à vos ordres. C’est récent qu’on ait inventé l’école le dimanche ?

Et allez, mieux vaut jeter la cognée après deux manches à zéro. Ou faire semblant de ne pas relever.

  • Allez file la Pustule. Et prends soin de toi.
  • Oui P’pa. Je peux garder Troll pour ce soir ?
  • Et qui va s’occuper de lui demain ?
  • Demain c’est dimanche, la fête à ma tante. Je te le ramènerai ton clebs va, te bile pas.
  • C’est d’accord, mais sois gentille de ne pas me tirer du lit aux aurores.
  • Oui père, il en sera fait suivant vos désirs.

J’ai quand même eu droit à deux bises. J’ai même cru voir un éclair de tendresse. Ou d’inquiétude. Du coup je me suis senti vieux.

En remontant, je me suis aperçu que j’étais vanné. J’ai juste eu le temps de me déshabiller et de me mettre au lit. Putain de journée.

0
Posted in Garbage collector |

Chapitre IV – Can’t cry these tears

lundi, mars 26th, 2012

Rappel : le principe des textes classés dans la catégorie Garbage collector veut que chaque texte soit inspiré par une chanson, l’ensemble des textes devant former un tout cohérent. Dans ma mesure du possible, la chanson est incluse en fin de texte. N’oubliez donc pas de commencer par le chapitre I au risque de ne pas tout comprendre.

– Tu es sûr que ça va aller ?

Je hoche la tête, ce qui est quand même d’une utilité limitée au téléphone. Mais là, ça passe.

– Sûr hein ?

Combien de fois ai-je entendu cette phrase ce soir ?

– Oui, ça va, ça va aller, ne t’en fais pas.

Je raccroche sans dire au revoir.

Et puis merde.

Il faudrait que quelqu’un se penche sérieusement sur la vitesse de propagation des mauvaises nouvelles. C’est à croire que l’on n’a pas le temps d’assimiler que la moitié de la planète est déjà au courant.

La nuit est tombée. Quelle heure est-il ? Dix heures. Déjà. J’ouvre la fenêtre en grand. La chaleur est encore là, palpable. Pas un souffle. J’ouvre la cuisine de l’autre côté pour tenter de créer un courant d’air. Tentative manifestement vouée à l’échec, mais j’ai au moins l’impression de faire quelque chose.

Le téléphone sonne. Troll en profite pour aboyer. Je n’ai jamais compris pourquoi il ne supportait ni la sonnerie du téléphone ni celle de la sonnette d’entrée. J’ai beau ruser, changer de téléphone, de sonnerie, rien n’y fait. Ça laisse deux jours de tranquillité, mais sitôt qu’il a repéré qu’il s’agit du téléphone, il recommence à aboyer. Au fond, il est tranquille chez lui, il n’a ni envie de recevoir de monde, ni envie de recevoir de nouvelles. Je le soupçonne d’avoir raison.

De toute façon, une semaine de merde c’est une semaine de merde. Surtout quand ça commence par une lettre du trésor annonçant benoîtement qu’il bloquait la totalité des comptes bancaires pour non-paiement des impôts locaux. Bon, normal, sauf que non seulement ils étaient payés, et dans les temps pour une fois, mais en plus j’avais une jolie lettre de leur part me demandant ce qu’ils devaient faire du trop-perçu.

Enfin, presque, vu que ce n’est pas moi qui tenais les comptes. Ça fait bien longtemps que j’avais délégué à Katia tout ce qui était problèmes d’argent. Je me contentais d’en gagner aussi souvent que possible, d’en dépenser raisonnablement, mais pour tout le reste c’est elle qui tenait les comptes et payait les factures. Là aussi c’est elle qui était allée au Trésor leur démontrer leur erreur, puis apporter la mainlevée à la banque. Comment avait-elle pu ? Elle devait déjà savoir qu’elle allait partir, pourtant.

Ensuite ça a été le chien qui s’est ouvert un coussinet.

J’essaye de le laisser courir le plus souvent possible. D’habitude je le descends et je le laisse aller faire son tour du quartier tout seul. Il ne se mêle pas de mes histoires, je ne vais quand même pas aller me mêler des siennes.

Certaines fois il lui arrive de rentrer trempé, l’air à la fois pitoyable et vexé de s’être pris un seau d’eau de la part d’un pénible qui le trouvait nettement trop entreprenant avec sa chienne, mais ce coup-là il est revenu avec la patte qui pissait le sang. Bien évidemment, je l’ai engueulé, j’ai arrêté le saignement, je l’ai engueulé à nouveau puis je suis allé nettoyer le sang dans les 3 étages de la cage d’escalier. En remontant, j’ai hésité puis je me suis abstenu de l’engueuler une troisième fois.

Et pour finir, ça a été le joint de culasse de la voiture. Enfin, on a eu quand même un peu de chance, c’est une feignasse de mécanicien abusant des 35 heures qui nous a arrêtés pour nous dire que le pot fumait et qu’on avait intérêt à parquer la voiture avant que le joint ne lâche complètement.

Enfin, je croyais que c’était tout jusqu’à ce matin.

Téléphone. Aboiements. Ta gueule Troll. Décroche.

– Mon Dieu, je viens d’apprendre la nouvelle, alors je t’appelle tout de suite. Ça va toi ? Tu tiens le coup ?

Ben tiens, ça faisait bien un quart d’heure que personne ne m’avait posé la question.

– Oui, ça va aller, t’inquiètes.

Je savais quelle allait être la question suivante. Je commençais à être rodé.

– Comment ça s’est passé ?

– Je n’ai pas de détail. Elle était partie faire une course avec un collègue de travail. Les gendarmes ont dit qu’il y avait certainement eu une voiture qui leur a coupé la route, mais l’autre conducteur s’est enfui.

– Et Katia, tu as des nouvelles ?

– Pour l’instant elle est en réanimation. Les médecins disent qu’elle va s’en sortir. Elle n’a eu que des contusions et un traumatisme crânien.

– Et le conducteur ?

– Il a eu moins de chances, il est mort sur le coup.

– Mon Dieu quelle histoire, tu crois que tu vas tenir le coup ?

Ça y est, je sentais l’exaspération monter.

Pourquoi les gens ne peuvent-ils pas s’empêcher de poser les questions les plus stupides ? « T’as été chez le coiffeur ?» Non, connasse j’ai mis la tête dans le micro-ondes. « C’est pour manger ?» Non, crétin, on vient au restaurant pour tirer un coup. T’es gentil de nous débarrasser la table 4, vu que la bourgeoise elle apprécie moyen de coïter avec une fourchette plantée dans le croupion « Alors, dites-moi pourquoi vous désirez travailler pour nous ? » Pour le fric taré, vu que ta boîte de merde embauche et que je préfère me faire chier en étant payé pour ça que de m’emmerder sans un rond chez moi.

Je respire un grand coup pour me calmer. Zen.

– Ça va aller ? Tu ne dis rien ?

Je raccroche sans répondre et sans remords.

Faut bien entretenir ma réputation de pénible. Ce qui me fait le plus chier c’est de savoir que cette tanche va me trouver des excuses. C’est quand même un monde de pouvoir être désagréable avec les cons sans qu’ils vous en veuillent. Font chier.

Téléphone. Aboiements. Ta gueule Troll. Décroche.

– C’est Pierre, je viens d’apprendre la nouvelle, quelle histoire.

– Ouaip, ça va je tiens le coup.

Autant devancer et passer directement au point suivant

– Comment est-ce arrivé ?

S’il y a une chose que j’apprécie chez Pierre c’est son obstination à employer les formes interrogatives et à faire les liaisons tout en sachant que c’est un combat perdu d’avance.

– Tu sais que la voiture est en panne. Le garage nous avait envoyé un mécano avec une voiture de remplacement. Katia est partie avec lui et c’est en rentrant au garage que le type a eu une crise d’anémie graisseuse et a perdu le contrôle de la voiture.

– Quelle histoire. Tu sais que si tu as besoin de quelque chose tu peux compter sur Anne et moi.

– Merci Pierre j’y penserai au besoin. Bon je vais me pager.

– Tu es sûr que ça va aller ?

Raccroche. Soupire.

Boucan dans la cuisine. Soupirer. Se lever.

C’est Fitz qui vient de dévaler une pile d’assiettes en tentant désespérément d’atteindre le placard.

J’engueule pas. Sert à rien d’engueuler un chat, sinon à se faire mal voir. J’ouvre la porte du placard. Plein cadre le paquet de croquettes.

Regard courroucé du greffier accompagné de miaulements comminatoires. C’est con, je suis sûr que s’il avait une montre il serait en train de la tapoter en miaulant « j’ai failli attendre ». Bien évidemment, sa gamelle est encore à moitié pleine de pâtée, mais pour Son Altesse c’est pâtée et croquettes du soir. Soucoupe – faudrait pas mélanger les croquettes avec la pâtée sous peine de se voir assassiné d’un long regard de mépris – verser croquettes. Si ton altesse veut bien se donner la peine. Pas de réponse. Il bâfre sans plus faire attention à rien. Il y a franchement des fois où j’ai envie de l’attraper par la queue et de jouer à Thierry la Fronde.

Téléphone. Aboiements. Ta gueule Troll. Décroche.

– Coucou c’est Marianne, ma sœur est là ?

Allons bon, je suis tombé sur la seule qui ne soit pas encore au courant. Je l’aime bien la petite sœur, 19 ans, prête à bouffer le monde, autant d’indulgence pour la médiocrité qu’il y a de neurones dans le crâne d’un jeune pop et un petit cul à faire damner une armée de séminaristes.

– Non, t’es assise ?

– Ben pourquoi ?

– Ta sœur m’a annoncé ce matin qu’elle me quittait, puis elle est partie avec son amant. Qui a trouvé moyen de rentrer dans un camion à 110 à l’heure. Lui est mort et Katia est encore en soins intensifs, mais d’après les toubibs ses jours ne sont pas en danger.

Long silence sur la ligne.

– Remets-toi, elle va s’en sortir, elle a eu une veine de cocue. Je ne peux pas en dire autant.

– Tu me dis la vérité ?

– Pour l’accident, c’est vrai.

– Où est-elle ?

– Au CHU, mais pour le moment, elle est en réanimation, on ne peut pas la voir.

– Et pour le reste c’est vrai aussi ?

– Tu fais comme si je ne t’avais rien dit.

– T’es vraiment malade de plaisanter avec ça.

– T’étais pas au courant ?

– De toute façon, ça aurait dû être vrai, je n’ai jamais compris que Katia ait accepté d’épouser un taré dans ton genre.

– Ben tu vois, ça nous fait au moins un point commun, moi non plus je n’ai jamais compris.

– T’es vraiment un sale con.

– Pour vous servir mamzelle.

Bon, pour une fois ce n’est pas moi qui ai raccroché. Ça change un peu. J’ai eu mon compte pour ce soir.

Débrancher téléphone. Vérifier que le portable est éteint. Souffler. S’asseoir.

Troll est allongé sur son tapis. J’en profite pour inspecter sa blessure. Il se laisse faire sans protester.

– Si tu pouvais t’empêcher de gratter la terre comme un con à chaque fois que tu as fait une crotte, ça serait guéri depuis longtemps.

Il lève une paupière, pas foncièrement persuadé de la nécessité de répondre. Ça, on ne peut pas dire qu’il soit du soir. Passé 9 heures, c’est une tape sur les fesses un bisou et au lit. Pour arriver à le bouger ensuite, il y a du boulot. Mais là je n’ai pas le choix, il n’est pas descendu depuis ce midi, et je n’ai nulle envie d’éponger demain matin.

– Allez, debout, on va faire un tour.

Battement de paupière sans autre résultat. Troll reste soigneusement couché sur le dos, ventre offert aux caresses. C’est manifestement le seul effort dont il soit capable à cette heure.

Je lui passe la laisse et tire. À regret il condescend à se lever.

Allez, ce coup-ci je viens avec toi. On y va.

0
Posted in Garbage collector |

Chapitre III – Till the day I die (solo)

samedi, mars 24th, 2012

Rappel : le principe des textes classés dans la catégorie Garbage collector veut que chaque texte soit inspiré par une chanson, l’ensemble des textes devant former un tout cohérent. Dans ma mesure du possible, la chanson est incluse en fin de texte. N’oubliez donc pas de commencer par le chapitre I au risque de ne pas tout comprendre.

Le choc.

Il n’arrivait pas à se souvenir du choc.

Pourtant il n’y avait pas pu ne pas y en avoir.

Silence.

Il sentit confusément la présence de la colonne de direction en travers de son ventre. Présence froide, immobile, plus indifférente qu’inamicale. Il n’arrivait pas à se faire à l’idée d’être encore en vie.

C’est marrant, on ne pense jamais au nombre de canalisations et de tuyaux divers que peut contenir un corps. Chacun charriant ses propres fluides sans jamais se mélanger.

Là, il y avait un drôle de morceau de métal en travers qui avait mis un putain de bordel dans la tuyauterie au point que même Luigi et Mario n’y retrouveraient pas leur yogi.

C’est étrange, on ne devrait pas pouvoir vivre avec un tel désordre à l’intérieur de soi.

– Ben t’as raison mon pote, on peut pas.

– Comment ça, je suis bien en vie moi.

– C’est là où tu te goures ma poule. Là t’es juste entre les deux, mais avec la meilleure volonté du monde on peut pas dire que t’es en vie.

– Comment ça je…

– Ben oui ma loute, va falloir t’y faire, t’as fait le grand saut. Tchao bella, arrivederchi tutti, so long, goodbye. Si tu pouvais te décider à larguer les amarres sans trop louvoyer, ça s’rait sympa, j’ai d’autres gonzes à finir pour faire mon quota.

– Ce n’est pas possible, pas au moment où je viens de trouver la femme de ma vie.

– Ça mon pote, c’est ta seconde gourance de la journée. Si tu réfléchis bien, c’est avec la femme de ta mort que t’avais rencard. Bon, c’est pas qu’y soit tard, mais j’ai du turf moi, alors si tu pouvais te magner et lâcher un bon coup ton enveloppe charnelle, comme qui disent là haut, ça s’rait fort aimable de ta part because que j’ai pas que ça à faire, j’ai un vrai métier moi.

– Il n’y a pas d’espoir alors ?

– Oh si mon lapin, tu penses bien, avec un bout de ferraille de 5 cm de diamètre en travers du bide, c’est sûr qui zont juste à faire deux soudures autour et tu pourras te relever. Tu s’ras mignon comme tout avec ton tuyau dans le bide mais tu risques d’avoir des soucis pour ce qui est de la position du missionnaire. À la limite, tu peux toujours te spécialiser dans la levrette, mais en gaffant de pas te pencher en avant sous peine d’assommer ta partenaire. Tu serais gentil d’arrêter de délirer, mon pote. Allez, on décolle.

– Ben comment ?

– Ça, comme disait le paternel, le coup de pied au cul c’est la psychanalyse du pauvre. Ben pour la mort c’est pareil, bouge pas.

– Il senti une secousse violente à l’endroit où se situait son arrière-train il y a encore peu. Impression d’être projeté en avant. Une espèce de spasme entre le rot et le hoquet.

– Bon, t’arrives?

Il regardait un peu désorienté les deux corps dans l’amas de ferraille.

– Et elle ?

– Ce n’est plus ton problème. Si ça peut te rassurer, elle est en vie. Pas en bon état, mais en vie. De toute façon, c’était une seconde main tu t’attendais pas à ce qu’elle soit dans l’état du neuf.

– Fin et délicat, merci.

– Bof, tu t’y feras. Les sentiments, maintenant, ça te passera avant que ça me reprenne. Bon, t’es gentil, tu remplis le bon de prise en charge, nom, prénom, sexe et tout s’qui s’enfuit.

La révélation lui tomba d’un coup.

– Mais, alors, c’est vous la mort ?

– Te prends pas la tête, le grand patron, c’est pas moi. J’suis juste lieutenant de ramassage dans la patrouille autoroutière. Et, j’te le dis tout de suite avant que tu poses la question, non, ya pas de grand livre, on patrouille et on ramasse. Yen avait bien un dans le temps, mais ya 3 ans y zont voulu tout informatiser. Bon, t’as fini tes travaux d’écriture que j’complète ?

– Alors ça veut dire qu’il y a quelque chose après la mort, un paradis, un enfer ?

– T’es boucharès ou quoi ? Moi, je ramasse, ce qui se passe après, c’est pas mon problème. Bon, allez, en voiture Simone, c’est moi qui conduis, c’est moi qui klaxonne. J’espère que t’as pas peur en moto? Cherche pas le casque, t’en as plus besoin. Pis ça va pas avec ton style de beauté. Allez zou, Géronimooooooooooo.

 

 

3
Posted in Garbage collector |

Chapitre II – Somebody loved.

vendredi, mars 23rd, 2012

Rappel : le principe des textes classés dans la catégorie Garbage collector veut que chaque texte soit inspiré par une chanson, l’ensemble des textes devant former un tout cohérent. Dans ma mesure du possible, la chanson est incluse en fin de texte. N’oubliez donc pas de commencer par le chapitre I au risque de ne pas tout comprendre.

Soleil.

Odeur de cuir neuf et de bonheur tout proche.

Ferme les yeux, tête renversée.

Écoute.

Petit bruit des talons, loin, moins loin, tout près. Portière ouverte.

Plouf de la valise sur la banquette arrière.

Portière fermée.

Froissement de la jupe sur le cuir du siège passager.

Odeur de cuir et de bonheur tout neuf.

Tendre le bras. Poser la main à la naissance de la nuque, l’attirer doucement et l’embrasser à pleine bouche sentir ses lèvres qui se donnent sans retenue sans plus de pudeur.

Goûter les larmes sur ses joues comme une victoire.

Démarrer.
Ronronner avec le moteur neuf.

Ouvrir les yeux.

Glisser jusqu’à la sortie du parking.

Tourner.

Partir.

Sortir de la ville.

Doucement, perdre la main entre ses cuisses.
Sentir la tête qui se pose sur l’épaule.

Odeurs d’herbes coupées.
Chaleur.

Sentir le souffle du bonheur ses lèvres sur le cou.

Respirer, se sentir vivant, tourner la tête pour l’embrasser.

Toucher sa bouche respirer son souffle aspirer son souffle.

Entendre l’avertisseur du camion comme une corne de brume grave lourde pressante.

En sursaut regarder devant tard trop tard la calandre comme un mur. La voiture déportée à gauche piler redresser trop tard.

Choc bruit cris.

Silence.

Silences.

Sentir le froid monter doucement.

Immobile.

Froid.

Seul.

0
Posted in Garbage collector |

Chapitre I – Cup of coffee

mercredi, mars 21st, 2012

Rappel : le principe des textes classés dans la catégorie Garbage collector veut que chaque texte soit inspiré par une chanson, l’ensemble des textes devant former un tout cohérent. Dans ma mesure du possible, la chanson est incluse en fin de texte.

 

Il ne t’a fallu que le temps d’un café.

Les grains de poussière dansent dans le rayon de soleil de ce premier jour de vacances qui filtre à travers les persiennes. Fitz, le chat, ton chat, joue avec le bouchon du champagne. Dehors le monde, inutile, semble hésiter à s’éveiller, déjà assommé par la chaleur à venir.

Je regarde tomber les dernières gouttes de la cafetière. Elles sont claires, presque transparentes, comme si elles refusaient de laisser le café les colorer à son idée. Je les rêve rétives, froides, intransigeantes.

Les dernières volutes de ta cigarette à demi cassée dans un mouvement nerveux, colérique, tout à l’heure, en te levant. Depuis combien de temps as-tu recommencé à fumer. Ou n’était-ce que pour me faire un peu plus mal ?

Ta tasse est restée là, sur la table du petit déjeuner. Café sans sucre, toujours, et la marque du rouge à lèvres sur le bord. Je résiste à la tentation de poser les miennes par dessus.

Un sursaut me prend à l’estomac comme une houle. J’ai à peine le temps de courir aux toilettes et m’affaler à genoux la tête dans la cuvette. Fitz en profite pour entamer l’ascension de mon jean par l’arrière. Je sens à peine ses griffes traverser le tissu.

D’un coup je me mets à sangloter. Tu as vu comme j’ai bien tenu le coup ? Non, bien sûr, tu étais partie avant. J’ai entendu ton pas dehors, puis la portière d’une voiture qui claquait. Je n’ai pas même eu le courage de regarder pour voir avec qui. Cela a-t-il de l’importance ? Peut-être.

Il ne t’a fallu que le temps d’un café pour me prouver que tu ne m’aimais plus.

Froidement tu as posé tes conditions, sachant d’avance que je ne lutterai pas. Assommé je t’ai entendu dire que tu partais, sans moi, que tu serais de retour dans 3 semaines et que tu ne voulais pas me retrouver à la maison. Jamais tu ne m’avais parue aussi belle qu’à ce moment-là.

Je regarde sans les voir les deux billets d’avion que j’avais posés hier soir sur la table du petit déjeuner pour te faire la surprise. J’ai à peine touché à mon café. Il me semble que tu es partie depuis deux heures déjà. Troll pose le bout de son museau sur ma cuisse. Il lève ses grands yeux éternellement tristes dans la direction des tartines. Je lui en beurre une qu’il s’empresse d’emporter sur son tapis. Tu n’avais jamais oublié encore de lui donner sa tartine. À chaque fois je pestais te faisant remarquer qu’il mettait des miettes partout, et tu disais que c’était ton chien. Et aujourd’hui tu pars sans même lui faire une caresse.

Il ne t’a pas même fallu le temps d’une tasse de café pour me déchirer notre couple à coups de phrases tranchantes comme des lanières, précises, chirurgicales. Mes mains tremblent, je n’ose me resservir. Troll pousse un soupir et abandonne le tapis pour chercher la fraîcheur du carrelage. Je ferme les yeux. J’essaye de me persuader que tu vas bientôt te lever, sortir souriante de la chambre en déshabillé, toujours trop habillée à mon goût ; que tu vas approcher pour un baiser, que je vais vouloir te retenir plus près et que tu vas t’enfuir en riant pour te laisser rattraper sur le lit. Je ferme les yeux plus fort, encore. Comme si je ne t’avais pas trouvée ce matin déjà tirée à quatre épingles, ta valise devant la porte. Je garde les yeux fermés, encore, toujours. Bientôt tu vas arriver en silence et m’entourer de tes bras. Bientôt. Peut-être. Plus jamais.

Un mouvement, un frôlement, une respiration. Troll me donne de petits coups de truffe pour demander comment il se fait que personne ne l’ait encore fait descendre. Je pleure en lui caressant la tête. Doucement il me pousse encore du museau. « Donne-moi cinq minutes s’il te plaît ». Il me fixe, ne se donnant même pas la peine de faire semblant d’avoir compris. Au fond, c’est ce qui est reposant avec les chiens. Alors que les femmes, elles, sont persuadées de vous avoir compris, le chien, lui ne fait pas semblant. Il s’en tape et il assume.

Je m’essuie les yeux, génocide quelques mouchoirs à grands coups de morve, et décoche la laisse. Troll danse, s’il pouvait il chanterait.

0
Posted in Garbage collector |

Garbage collector

mercredi, mars 21st, 2012

Les articles de la catégorie Garbage Collector sont un ensemble de textes, chacun portant le nom d’un morceau qui l’a plus ou moins inspiré, le tout tentant de former une histoire cohérente.

À l’exception du fait que je n’ai jamais divorcé, que je n’ai pas d’enfant d’un autre mariage, ni même de fille, tous les évènements rapportés ici sont imaginairement autobiographiques. Autrement dit, ils ont dû arriver à quelqu’un, mais pas à moi.

Ou alors je ne m’en suis pas aperçu.

0
Posted in Garbage collector |